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November 28 2013 5 28 /11 /November /2013 15:24

Tout ça parce qu'on m'a trouvé une boule au sein.

Je suis non seulement une convaincue du dépistage, des amies sont mortes avant 45 ans du cancer du sein, mais je m'y suis mise à l'âge de 40 ans, encouragée par mon médecin.

De là à flipper comme une folle parce qu'on m'a trouvé un "gouch" (en hébreu), faut pas délirer non plus.

Et pourtant ...

Après être passée par une deuxième biopsie parfaitement inutile, tout ça parce que mon con de généraliste n'a rien compris, la toubib me faisant d'ailleurs remarquer qu'il ne restait pas grand chose, à quoi je lui ai rétorqué que si tous les mois on m'enlève un morceau ...

Et après m'être fait confirmé que ce n'était pas cancéreux, il fut décidé qu'on allait l'enlever quand même, au cas où et parce que c'est mieux.

Bon.

Je dois trouver un chirurgien.

Ici, personne ne recommande personne.

Ni les médecins, ni les amis, ni les voisins.

J'obtiens un rendez-vous chez un inconnu, pour la fin de l'année, ce qui me semble contradictoire avec la mine inquiète du personnel médical, et la panique qui envahit mes amies, me voyant déjà plate comme une limande, ou avec une paire de seins tous neufs sur un corps qui en a vu des plus très vertes et des mûres ...

J'ai beau dire à ces mêmes amies que je vais bien, que je ne m'en fais pas, que tout baigne, elles me téléphonent tous les deux jours pour me dire de ne pas m'inquiéter.

On est quand même seulement en juin et je n'ai pas envie d'attendre décembre.

Ni qu'on m'opère, ni qu'on continue à me plaindre.

Même si c'est par amitié.

Même si on m'aime.

L'une de ces personnes bien intentionnées me recommande son chirurgien, qui, chance, reçoit en face de mon boulot.

Il faut savoir qu'ici, la plupart des rendez-vous se prennent par téléphone.

Si vous allez sur place, la même secrétaire bornée que vous voyez prendre des rendez-vous au téléphone, vous répondra qu'il faut appeler, qu'elle ne prend pas de rendez-vous à l'accueil.

Croyez-moi, s'énerver ne sert à rien.

J'appelle donc, et elle me donne rendez-vous dans dix ans.

Je lui dit que c'est urgent et elle prétend qu'elle ne prend pas les urgences.

Finalement, après m'être lamentée auprès de tous ceux qui voulaient encore m'écouter, de la lenteur des intervenants successifs et passifs devant l'urgence qui n'en est déjà plus une, j'apprends que je dois mettre la demande du médecin qui m'a fait la biopsie, sous le nez de la secrétaire.

Ce que je fais.

Et là, miracle, elle me dit de venir le soir même.

Me revoilà donc dans l'urgence, yes !

Quand on a rendez-vous chez le médecin, une liste est affichée devant sa porte avec les noms et l'heure de rendez-vous des patients.

Mon nom n'est pas sur la liste, cette conne m'a zappée, et je sens qu'il faut que je respire profondément..

M'en fiche, je rentrerai avec un bélier s'il le faut.

Chaque personne qui arrive demande qui est dans le cabinet, ce que personne ne sait jamais, bien qu'ayant posé les mêmes questions idiotes qui vont suivre.

Nous aussi on attend pour le docteur ?

(Ben non, on a vu des chaises et on s'est assis pour profiter de la clim !)

Qui est le dernier arrivé ?

Là tout le monde se regarde et il y en a toujours un pour dire "Je crois que c'est moi".

A quel heure chacun a rendez-vous ? M'enfin ?

Le docteur a du retard ? Ben si tu as rendez-vous à 18h05, qu'il est 18h28, et qu'il y a encore trois personnes avant toi ... A ton avis ?

Et de vous demander encore, "Tu en as pour longtemps, parce que je suis pressée !"

Ensuite cette personne va voir la liste des noms et demande qui est Shoshana, celle inscrite avant elle.

Elle confirme à Shoshana qu'elle est donc après elle.

Au cas où Shoshana en aurait quelque chose à faire de qui est après elle, déjà qu'elle ne sait plus qui est avant.

Et là, le bordel commence.

C'est moi qui suis après Shoshana, et non, je ne suis pas inscrite, ils ont oublié, mais je suis prévue à 17h30.

Un russe s'énerve et dit que c'est toujours la même chose avec nous (?), qu'on est sans gêne, qu'on veut dépasser et que les autres (?) laissent faire.

Il va engueuler la secrétaire qui fait "chuuuuuuut".

Tout le monde met son grain de sel, ça gueule, les secrétaires s'y mettent aussi "chuuuuuuut", on apprend le prénom de tout le monde, qui vient et pourquoi, ...

La porte s'ouvre et je m'engouffre dans le cabinet.

Un charmant monsieur me dit bonjour, regarde mon dossier, et ... me donne une date pour l'opération.

Il me prescrit une IRM, une radio, une autre mammo, un examen cardio, et je ne sais plus quoi d'autre.

Non, pas de biopsie, non ça, ça ira.

Entre temps les résultats des deux biopsie ont indiqué que le "gouch" reste un "gouch" bénin, ce qui n'empêche pas mes amies israéliennes de continuer à me regarder avec amour en me disant que ça va aller.

La veille de l'opération je vais à l’hôpital ultra moderne et splendide d' Assouta, à Ramat Ha-Haial , et on m'envoie chez Batia, une merveilleuse infirmière, qui, la première, va enfin tout m'expliquer.

Demain, avant l'opération j'irai d'abord faire un "simoun", on va m'enfoncer une énorme aiguille dans le sein, pourquoi, ça je ne l'ai toujours pas compris, et puis j'irai à l'étage des familles.

Elle me prévient que cela aura l'air très bordélique, mais que c'est en fait très bien organisé.

Comme si, en Israël, ça n'a pas toujours, l'air bordélique !

Elle me donne son téléphone perso, au cas où j'aurais des questions, même la nuit et ... me souhaite bonne chance.

Le lendemain, enfin, je vais en finir avec cette histoire qui a commencé en mars, et je dois bien être la seule personne heureuse de passer sur le billard.

Je vais, avec Chéri, à l'étage où j'ai fait mes biopsies (!), salut, salut, oui c'est encore moi, et je me retrouve entre les mains de la même doctoresse, celle qui connaît mon anatomie mammaire par cœur.

Elle m'accueille avec un grand bonjour et me dit, "Ah ça y est, on va te l'enlever".

Je me couche, me fait confirmer que c'est le nichon gauche, et elle m'enfonce cette foutue aiguille grande comme mon majeur, pendant qu'une jeune fille me caresse la joue.

Au revoir et bonne chance.

Je repars encombrée de ce machin déplaisant et rassure doucement mon giron qui souffre.

Je pars avec Chéri à l'étage des familles et nous pénétrons dans une immense salle bruyante et encombrée de gens, parents et malades en attente d'être opérés.

Je passe par l'admission et la secrétaire demande à Chéri le numéro de son portable.

Il recevra des messages tout au long de mes pérégrinations, pré et opératoires.

Va t'asseoir, on va t'appeler, et bonne chance.

Nous nous installons parmi la foule, et devant nous, des écrans affichent les prénoms des patients ainsi que le stade de leur traversée.

Salle de préparation, salle d'opération, salle de réveil, morgue, ...

Les gens parlent au téléphone, donnent les dernières nouvelles, échangent entre eux, mangent, vont chercher des cafés...

Toutes les minutes, une secrétaire appelle un prénom, celui de l'opéré.

La famille va vers elle, et le chirurgien donne des nouvelles.

Chéri définira en un mot l'ambiance qui règne.

Surréaliste.

C'est mon tour, Chéri garde mon sac, me dit un petit au-revoir et me fait un gros bisou.

Moi, je suis déjà ailleurs, soulagée d'y passer enfin.

En salle de préparation, je me déshabille et l'anesthésiste vient me poser des questions.

Il me demande comment ça va, puis me souhaite bonne chance..

Ensuite le chirurgien arrive.

Il me demande comment ça va.

Il pose aussi des questions et puis me demande si c'est bien le sein gauche.

Oui.

Il y inscrit un grand X.

Bonne chance.

Dans la salle, le personnel soignant rigole, il y a une bonne ambiance, et je me dis que c'est quand même incroyable qu'une infirmière ukrainienne, un infirmier musulman, un autre religieux et un chef de salle qui est une grande folle peuvent rire des mêmes choses, ensemble.

Deux jeunes hilares viennent me chercher en me demandant comment ça va.

Ils doivent renifler des gaz hilarants c'est pas possible ....

Je rentre en salle d'op.

Il y a bien dix personnes là-dedans.

Et ça papote, ça blague.

Moi aussi je rigole.

Le chirurgien me redemande si c'est bien le gauche et je me réjouis du X qui barre mon épaule.

Il me s'inquiète de savoir si ça va et je lui réponds, "Enfin je suis là, je n'y croyais plus !"

Et ça fait rire tout le monde.

Je me réveille ... en salle de réveil, Chéri à mes côtés, qui me fait la conversation.

Pendant qu'un infirmier arabe me demande toutes les cinq minutes si ça va.

Je lui dit qu'il est comme une maman, et il me répond que c'est trop gentil de lui dire ça.

La pièce tourne, et je répète les mêmes choses à Chéri, que ça fait marrer.

A l'admission, on a proposé à Chéri de rester dormir avec moi, mais nous avons refusé.

Je suis dans une chambre de deux, et devant chaque lit, il y a un fauteuil relax.

Pour les mères, pères, conjoints, qui changeraient d'avis.

Une heure plus tard, Chéri est parti et une jeune fille est amenée dans le lit voisin, accompagnée de sa mère.

La mère va rester dans le fauteuil toute la nuit, réveillant toutes les deux heures sa fille, et moi par la même occasion, pour savoir si elle ne doit pas ... faire pipi.

Le lendemain je suis rentrée en taxi, et j'ai reçu un message d'Assouta avec un numéro de téléphone à appeler jour et nuit.

Au cas où j'aurais des questions.

Tout va bien, et mes amies sont soulagées.

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comments

Chinook 12/08/2013 08:19

Je suis heureuse que tout aille bien, vous nous avez inquiétés. Concernant la prise en charge, deux mots me viennent à l'esprit: Quel bordel!
A bientôt de vous lire.

Muriel 11/29/2013 10:15

Bon retablissement Joelle.
Merci pour votre partage,
vous changez notre quotidien pas toujours rose,
en lui donnant des nuances et des couleurs que nous ne savons pas distinguer seuls.
Passez un bon shabat, une belle fete de Hanouka..
A vous lire...

Marcoroz 11/28/2013 16:45

En lisant ce récit, j'ai compati et j'ai retenu mon souffle... Ouf !

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  • Miss caustic
  • Je suis quelqu'un d'inintéressant qui raconte des choses intéressantes.
Ou le contraire.
Bavarde.
Gai luronne à ses heures.
Imbue d'elle même et menteuse!
Non, ça ce n'est pas vrai!
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