Samedi 5 février 2011 6 05 /02 /Fév /2011 14:33

Il y avait longtemps que je n'avais plus parlé des transports en commun. Encore plus fous.

 

A Kfar Saba, une nouvelle compagnie a pris le marché, et nous bénéficions à présent de bus ultras modernes avec wi-fi et sièges très confortables.

 

Les vieux bus défoncés et usés furent envoyés à la casse, ainsi que leurs chauffeurs, tout aussi branlants et usés.

 

Voici donc les nouveaux  rutilants et leur chauffeurs également tous neufs.

 

Apparemment la consigne est qu'ils nous disent bonjour, ce qui en surprend plus d'un, et qu'ils expliquent le système qui a remplacé les carte poinçonnées, c'est à dire une carte à puce magnétique qu'on remplit selon ses besoins et qui est débitée au fur et à mesure des trajets.

 

Mais qui leur a expliqué le trajet ?

Personne.

 

Ce sont les passagers qui leur montre où sont les arrêts et quel chemin il faut prendre.

 

Et vous croyez que cela surprend quelqu'un ?

Mais pas du tout!

 

Un soir, après mon boulot, vers 22h15, je me suis retrouvée dans un bus dont le chauffeur finissait la journée et qui avait manifestement très envie de rentrer chez lui.

Il s'est mis à griller les arrêts, bien que les utilisateurs aient pris le soin de sonner.

 

"Chauffeur ? Chauffeur ? On peut descendre ?"

Donc le gars pile net, loin de l'arrêt officiel et puis, je ne sais pas quelle mouche le pique, dès que quelqu'un sonne, il s'arrête, n'importe où, mais pas à l'arrêt approprié.

 

Ainsi lorsqu'ils ouvre la porte avant du bus à un feu, devant une barrière, le passager qui a sonné lui fait remarquer que ce n'est pas là qu'il doit descendre.

 

Le chauffeur insiste puisqu'il a déjà ouvert la porte.

Mais le jeune homme, ça ne l'arrange pas du tout, et c'est donc contraint et contrit, que le chauffeur referme la porte.

 

Puis, pris d'une soudaine frénésie, il se met à accélérer, nous secouant comme des dés et c'est, agrippés aux poignées que les gens s'apprêtent à sauter de l'engin en folie.

 

Le lendemain matin, je décide de partir au boulot en cherout.

Le chauffeur conduit en buvant son café, parlant au téléphone tout en lisant le journal.

 

Chéri, lui, ramassera un papy parti valser avec son caddie, qu'il ne lâchera pas, même étalé par terre, engueulant copieusement le chauffeur piteux et désolé.

 

Je l'admets, Israël est un pays hautement dangereux !

 

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Par Miss caustic - Publié dans : Etude des moeurs - Communauté : Ma vie en Israël
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Vendredi 4 février 2011 5 04 /02 /Fév /2011 21:20

La chaîne qui m'emploie est la championne des règles.

Tout, absolument tout, est organisé, y compris la musique que nous passons en boucle au magasin.

 

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Je vous le donne en mille, la sélection est ce qui se fait de pire, à la grande joie des clientes, qui reprennent en choeur dans les cabines d'essayage, les chansons dégoulinantes de romantisme qu'un sadique anonyme a sélectionné pour elles.

 

Un répertoire de chansons italiennes datant de l'âge de pierre, fait siffloter une cliente du nom de Perla, venue de Roumanie, il y a bien longtemps, pendant qu'elle essaye absolument tous les pantalons du magasin.

Elle finira même par les superposer.

Toute à sa joie de ne pas se morfondre seule chez elle, elle papote avec les clientes et donne son avis sur ce qu'elles essayent.

 

France Gall arrive debout sur son piano pendant que je déballe tout ce qui ressemble de près ou de loin à ce qui pourrait être une "houltsa".

 

Une "houltsa" c'est ce qui se porte en haut. On pourrait traduire cela par un "dessus".

 

Quand une cliente vous en demande une, il y a une chance sur deux qu'elle ressorte avec un manteau.

En attendant, elle vous demande de déplier.

Trop décolleté, trop bariolé, trop uni, trop large, trop moulant ...

 

Mais elle ne sortira pas sans avoir acheter, elle me prévient.

 

Entre les chansons françaises qui font un tabac, et qui me désespèrent, Céline Dion qui veut qu'on l'aime encore, (faudrait pour ça que je l'ai aimée un jour), Juglio qui miaule et Mike Brant qui me supplie de le laisser m'aimer toute une nuit, comme si j'avais que ça à faire, j'essaye de piger ce qu'elles veulent.

 

Et ce qu'elles veulent, hésiter, acheter, dépenser, après avoir foutu le boxon.

Et revenir échanger, la taille ou la couleur, retourner tout le magasin et repartir avec le même truc, qui, finalement, est bien après tout.

 

Je me paye un break avec Boney M, chanteur favori de  Sunshine, malade depuis deux semaines, et qui, pour mon plus grand plaisir, revient enfin ternir mes journées.

Pendant que je m'occupe de ses clientes russes, qui, miraculeusement, se débrouillent pour me faire comprendre ce qu'elles cherchent, j'ai droit à Salt N Pepa qui me proposent, à ma grande surprise, "Lets talk about sex".

Une blagounette sans doute du DJ attitré qui n'en peut plus, lui non plus, du romantisme franco-italo-haitien qu'on nous oblige à ingurgiter.

 

Une jolie cliente rentre derrière un balcon énorme, à tel point que je me demande comment elle tient debout.

Elle me raconte qu'elle a reçu l'autorisation de la mutuelle de se faire opérer pour enlever les ... kilos en trop, mais elle a peur.

En attendant, elle veut désespérément la blouse, tunique, chemisier, qui ne la fera pas ressembler à une tente foraine.

 

Ah, voilà Toto Cotugno l' italiano vero, qui se penche sur son décolleté, suivi de Christophe qui n'a toujours pas accepté qu'Aline ne l'entend plus.

 

Une seconde cliente, devant le regard désespéré de la première, lui suggère pour lui remonter le moral, que sa "conversation" doit bien satisfaire quelqu'un.

Elle ne comprend pas et la dame de lui souligner que, sans doute, un homme est ravi de ce point dominant de son anatomie.

Ah ! Oui, en effet, le mari est rès content.

 

Quand c'est moi qui ouvre, j'oublie opportunément de mettre de la musique.

 

J'ai finalement trouvé un truc un peu plus "lounge" qui ne plaît pas du tout à Liora.

Mais, bonne fille, elle ne change rien.

 

Demain, dodo !

 

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Par Miss caustic - Publié dans : Elucubrations - Communauté : Ma vie en Israël
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Samedi 29 janvier 2011 6 29 /01 /Jan /2011 14:36

vendeuse

Pour qui connaît les soldes, côté vendeuse, comme je les connais, cette période, c'est l'enfer.

D'abord, même la cliente la plus intelligente, devient bête.

 

Sur chaque étiquette, on a apposé un -50% en rouge.

Question récurrente numéro 1. Le prix indiqué (imprimé sur l'étiquette, je précise) c'est le prix avant ou après les 50% ?

Pfffff.

Sourire. Il faut déduire 50% du prix indiqué, soit la moitié du prix indiqué.

Ah.

Et ça fait combien ?

Pfffff.

Sourire.

C'était 269 shekkels, divisé par 2, ça te coûtera 135 shekkels.

Ah. Merci.

Et ça, c'est combien maintenant ?

Sourire.

C'était 340 shekkels, et maintenant avec les 50 %, ça ne fait plus que 170 !

Pffffff.

Ah. Merci.

 

Aujourd'hui, -60%.

On n'a pas changé les étiquettes, donc quand tu vois -50%, c'est en réalité -60%.

Ah.

Et ça fait combien ?

 

Question récurrente numéro 2.

Et si j'ai une carte de fidélité, j'ai quelque chose de plus ?

Et si c'est mon anniversaire ?

 

Je cherche un pantalon, mais surtout pas noir !

Comment il n'y a plus ma taille ?

Ben non, c'est la fin de saison.

Comment est-ce possible ? On peut commander ?

Et ça c'est quoi ?

Mais c'est un pantalon noir ...!

Je vais quand même l'essayer.

 

Il faut savoir aussi, que dorénavant, une nouvelle loi stipule que l'on doit rembourser le client, s'il le demande, dans les 2 jours.

Sans qu'il ait d'explication à donner.

 

Et ça, ça va être le pied !

Donc une vendeuse qui voudra coller n'importe quoi sur le dos d'une cliente, risque fort de devoir la rembourser le lendemain, quand l'entourage de la colombe, lui aura fait remarquer qu'elle s'est fait avoir.

 

Elles peuvent rester deux heures, et tout essayer, une fois à la caisse, elles ont le feu au cul.

Je peux payer ? Je suis pressée !

 

Hier matin, une intellectuelle. Le genre qui sait mieux que toi.

Bonjour, je cherche une tunique.

Bonjour. Aujourd'hui, il y a -60% sur tout le magasin, sauf les manteaux et les foulards.

Pourquoi ?

Pourquoi, quoi ?

Pourquoi pas les manteaux ?

...

Bon, je cherche une tunique.

Je lui montre.

Non, ça c'est une robe !

Sourire.

Non, c'est une tunique.

Elle, péremptoire.

Non, c'est une robe.

Sourire.

Je lui montre un truc plus court.

Trop court.

J'aime pas la couleur, le tissu, le col, ...

Je lui déballe tout ce que je peux et elle finit par me dire qu'elle va regarder sans moi.

Bon débarras !

 

Une heure après, elle viendra me déclarer qu'elle a trouvé toute seule, (La grande fille, tu as pris ce que je t'ai montré au début et que tu as refusé !) et me reprocher de ne lui avoir pas dit qu'il y a -60% sur les tuniques, (La salope !).

 

Le magasin a été atomisé, les vêtements retournés, jetés, mélangés, et nous avons plié, plié, plié, plié, ce que les clientes ont déplié, déplié, déplié.

 

Je remettais dans les rayons et hop, aussi sec, une cliente dépliait.

 

Ma nouvelle collègue, Yori, est un vrai bulldozer.

Pas une once de bonne manière.

Elle travaille aussi chez elle, comme esthéticienne.

Maquillée comme un camion volé, elle hurle sur la cliente telle une poissonnière.

"Mais qu'est-ce que tu as aujourd'hui ?" ( C'est la première fois qu'elle la voit. )

"Tu trouves tout moche sur toi, c'est pas possible ça !"

"Tu peux pas fermer la robe ? Mais, rentres le ventre !"

 

Sauf que c'est une sorte de jeu.

La cliente, que moi, je connais, fait ça à chaque fois.

Elle essaye tout le magasin, et fait des commentaires sur chaque truc qu'elle enfile.

Pourquoi ils font des manches 3/4 ?

C'est exactement ce que je cherche, mais pourquoi c'est si court ?

C'est joli ça, mais pourquoi cette couleur ?

 

Une autre dame qui fait une taille 44 et qui veut essayer un gilet Taille 40.

Je lui dis de ne pas l'essayer, que ça ne sert à rien.

L'autre, comme un boomerang, "Mais si essaye-le, ça ne se ferme pas un gilet."

Peut-être, mais au moins, faut rentrer dedans !

 

Je suis sur les genoux et ce soir, je me tape la fermeture de 22h30.

 

La nuit, je rêve que je plie, je le jure.

 

Je suis contente, je parle hébreu toute la journée, je fais la caisse en hébreu, l'angoisse des premiers jours est passée et je travaille tellement que je ne vois pas le temps passer.

Par Miss caustic - Publié dans : Etude des moeurs - Communauté : Ma vie en Israël
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Mardi 25 janvier 2011 2 25 /01 /Jan /2011 16:05

Vous vous rappelez de nos problèmes de salle de bain ? Scènes de la vie ordinaire.

Dimanche, le soit-disant entrepreneur a envoyé son ouvrier replâtrer et repeindre le plafond de la salle de bain.

 

Sympa et très souriant, le gars, un arabe de Kalkilya, en Judée Samarie, un "palestinien" donc, me fait la causette pendant que la première couche sèche et que son con de patron est allé glander ailleurs.

 

Il parle un excellent hébreu, puisque depuis l'âge de 14 ans, il travaille avec des israéliens.

Il a appris le métier de peintre en bâtiment avec un juif argentin.

Ensuite il a appris le reste, électricité, plomberie, ...

 

Il me dit que sa ville est très belle et que je devrais venir voir.

Il fut une époque où beaucoup d'israéliens allaient à Kalkilya.

Avant.

Et puis il y a eu la deuxième intifada, programmée par le saint Arafat, et deux personnes sont mortes à Kfar Saba.

 

Mon propriétaire venu superviser les travaux, lui dit en lui serrant la main, "Ah tu viens de Kalkilya ! Je me souviens du temps où on allait s'y promener. C'était le bon temps. Et puis ..."

 

Erdogan, prononcez Erdouan, c'est son nom, lui répond que les israéliens reviennent se promener à Kalkilya.

 

Je lui demande quel âge il a, 42 ans, et combien d'enfants.

"Baruch A Shem" j'en ai beaucoup !

Beaucoup? Combien tu en as ?

9 enfants, de 2 ans et demi à 20 ans.

Sa fille aînée vient de se marier et il sera sans doute grand-père l'année prochaine.

Je lui dit que je plains sa femme et ça le fait rire.

 

Il me demande combien je paye de loyer et il trouve ça exorbitant.

Lui, il a construit une maison à ses parents, et a acheté à côté de chez eux 300 m2 de terrain.

Il envisage d'acheter encore 300 m2, et se construit également une maison.

 

La politique n'a pas grand chose à voir avec ce que désirent les hommes.

 

 

Par Miss caustic - Publié dans : Portrait - Communauté : Ma vie en Israël
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Vendredi 21 janvier 2011 5 21 /01 /Jan /2011 16:33

Le vendredi matin, c'est l'effervescence.

 

Pendant que les femmes font la cuisine ou les courses, ou alors qu'elles sont dans les salles de sport ou tout simplement au lit à faire la grasse mat', les hommes sortent les bébés et vont se balader.

 

Les terrasses sont pleines de gens venus boire un café ou manger.

On fait les soldes en famille et on s'agglutine dans les magasins.

Des échoppes fleurissent un peu partout, présentant des pains artisanaux, des fraises du moshav, des jouets ou de jolis bijoux en toc.

A peine le temps d'ouvrir le magasin, que c'est le bain de foule.

 

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Et si en semaine le plus grand plaisir de ces dames est d'absolument tout déballer, le vendredi matin, on vient tout essayer. Tout.

Aujourd'hui, Liora m'a dit que je suis au top des ventes, ce qui me rend très fière, vu que je n'ai toujours pas compris ce que veulent la plupart des clientes.

Il y a un tableau avec les scores de la meilleures vendeuse du jour, de l'heure, de la minute.

Liora, ça l'occupe.

Et le fait que je vende mieux que Sunshine la réjouit.

 

Svetlana, que j'ai rebaptisée Sunshine accueille les clientes avec un shalom aussi joyeux qu'une majorette obligée de défiler sans avoir eu le temps de s'épiler.

 

majorette-homme

 

En plus elle a la crève, et bien qu'habillée comme un ours polaire, elle a mis le chauffage a fond.

 

On parle français, arabe, anglais, perse et même une de ces langues scandinaves qui donnent l'impression que les personnes parlent au ralenti.

Neuscreuteumeu peu bepeuteu reuteveu ?

 

Une dame m'interpelle et je mets 15 secondes à piger qu'elle ne s'adresse pas à moi en hébreu.

Je lui dit que je ne comprends pas et elle, toute surprise "You don't speak russit ?"

C'est vrai ça ! Comment je ne speak pas russit après deux ans qu'on m'emmerde au téléphone, quand je prends un rendez-vous.

Pour l'hébreu tapez 1.

Pour l'arabe tapez 2.

Pour le russe ...

 

Et avec toutes les chaînes de télé russes à ma disposition, avec tout ça, je ne connais qu'un mot.

Pajalsta ! Pardon.

Pajalsta, I dont speak russit.

 

Sous les yeux du mannequins afamé qui tapisse nos murs et qui représente la marque, je vends à des dames qui font jusqu'à la taille 52.

Elle sont branchées et aiment les couleurs et la mode.

Elles sont contentes de trouver plein de choses qui les rendent belles et moi je suis heureuse de pourvoir leur dire qu'elles ont du choix.

 

ma bimbo

 

Les maris assis ou debout, l'air résigné, les regardent se mirer et donnent leur avis en marmonnant.

Parfois, ils mettent un véto.

Trop de paillettes, n'aime pas la couleur, trop long, j'ai faim.

 

Il y a les filles qui accompagnent leurs maman pour rajeunir leur look, et ça me rend toute chose parce que je pense à la mienne de fille.

 

Je suis crevée mais j'avance à grands pas dans mon étude sociologique.

J'ai des horaires de fous, Abital étant partie voir sa famille à New York pour un mois.

 

Parfois je suis au magasin à 07h20, jusqu'à 15h30, et parfois je ferme à 21h45.

 

Une nouvelle fille commence dimanche.

Elle a l'air dynamique, c'est le moins qu'on puisse dire.

Sunshine va l'adorer !

Par Miss caustic
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